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En méditerranée, silence, on laisse se noyer les exilées

Ce texte est un hommage à tous les rêves noyés en Méditerranée et une voix pour toutes celles que l’Union Européenne réduit au silence.

 

Avant j’avais un nom.

J’habitais une maison aux murs blancs avec un portail bleu en fer forgé et un bougainvillier rose grimpant jusqu’aux fenêtres.

J’étais déjà tombée amoureuse plusieurs fois et on m’avait brisé le cœur quelques fois aussi.

Le thé ? Avec deux sucres et pas trop infusé.

J’aurais voulu être architecte, même si j’aimais pas trop les maths à l’école.

Ma mère était porteuse et tous les jours à 5h00, elle faisait la queue avec 40 à 50 kilos de marchandises sur le dos avec des centaines d’autres femmes pour rentrer à Ceuta, petit bout d’Europe en territoire marocain.

 

Parfois il y a des mortes, à cause des mouvements de foule, de la déshydratation ou de l’absence de sanitaires.

Son corps s’était transformé au fil du temps, le dos remodelé par les lourdes charges et la peau tachée par le soleil.

Je ne voulais pas finir comme ma mère.

L’Espagne à quelques kilomètres seulement et pourtant si inaccessible : pas de visas, pas de contrats, que des barbelés assortis de lames tranchantes.

L’Espagne qui débourse des millions dans une collaboration « exemplaire » avec notre gouvernement, qui forme et arme notre police et celles des pays voisins pour repousser sa frontière toujours plus au sud.

Mon grand frère m’avait dit que sauter les barrières, c’est réservé aux hommes car il faut pouvoir grimper haut et courir très vite pour échapper à la Guardia civil. Pourtant, quand je vois ma mère, je me dis que la force c’est avant tout dans la tête.

Alors, il reste la mer, même si c’est plus cher et qu’on sait qu’elle avale des corps tous les jours et ne les rend pas toujours.

Je ne voulais pas finir comme ma mère, j’ai fini à la une d’un journal local espagnol :

« Encore une embarcation échouée au large de l’Andalousie, 22 mort.e.s, 5 disparu.e.s. »

Avant j’avais un nom, aujourd’hui je suis un point d’interrogation.

 

Anna - Volontaire au sein de la Commission Espagnole pour les réfugiés (CEAR) en lien avec Migreurop

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